Le premier garde ne comprit pas ce qui lui arrivait. Il vit juste une fine silhouette se jeter devant lui, avant que son cheval se cabre, le projetant à terre. L'instant d'après, une pluie de pierres tomba du toit. Le prince Aisling jura et dégaina la rapière qu'il portait à la ceinture. D'un geste, il indiqua aux soldats qui l'entouraient de se rassembler autour du chariot. Autour d'eux, la bataille ne tarda pas à faire rage. Leurs ennemis les dépassaient en nombre et semblaient se fondre dans l'obscurité. Il regretta de ne pas avoir pris plus d'hommes. On l'avait pourtant prévenu que la cité de Cahadh grouillait de voleurs et de rebelles. Ils ne craignaient pas trop la première catégorie. Il fallait être drôlement culotté pour attaquer une troupe de soldats de l'Empire. La seconde était plus dangereuse, car ils n'avaient rien à perdre. L'empire était impitoyable avec ceux qui défiaient son autorité. Pour les inconscients qui s'y risquaient, il valait presque mieux mourir au combat que de se faire capturer. Les mines du pays regorgeaient de jeunes gens qui s’étaient crus plus forts que l'empereur. Ceux-ci ne survivaient jamais très longtemps.

Cahadh, la rebelle. Cahadh l'insoumise. Cela faisait plus de cinquante ans que la cité état était tombée sous le joug de l'Empire, et pourtant, la rébellion ne faiblissait pas. Sa jeunesse continuait à se battre et mourir au nom d'une liberté qu'elle n'avait jamais connue. C'était sans doute la raison qui avait poussé son grand-père à l'envoyer, lui, un prince de l'empire, diriger des troupes dans ce trou à rat perdu à la frontière sud du territoire. Car si la cité avait été prospère, il ne restait plus grand-chose de sa gloire passée. Les magnifiques bâtiments qui faisaient autrefois sa fierté avaient été pillés par ses propres habitants. Les mêmes qui disaient se battre pour préserver la dignité de la ville en déclin. Foutaise. Cahadh n'était plus qu'un immense tas de ruines. Les habitations branlantes des bas-fonds se multipliaient à une vitesse effarante, à l'image des pauvres âmes qui y vivaient. Si seulement ses idiots arrivaient à comprendre que cette décadence était uniquement leur faute. En refusant toutes les merveilles que l'Empire avait à leur offrir, ils sautaient eux-mêmes au fond du gouffre, entraînant tous leurs concitoyens avec eux. Et cela, l'empereur ne pouvait pas le permettre. À lui, maintenant de le satisfaire en faisant rentrer la cité déchue dans le rang.

Pour accomplir cette mission, le prince avait emmené avec lui une partie de sa garde personnelle, des soldats d'élite, rompu aux maniements des armes avec lesquels il s’entraînait tous les jours. Pourtant, ces guerriers expérimentés semblaient rencontrer des difficultés. Difficile de se battre contre des ombres. Aisling scruta l'obscurité pour essayer de mieux voir ce qui se passait à l'avant du convoi. Un mouvement sur le toit d'un des bâtiments qui bordaient la rue attira son attention. Il eut juste le temps d'apercevoir une silhouette avant que celle-ci disparaisse. Les ennemis avaient donc posté une partie de leurs hommes en hauteur. Voilà ce qui expliquait la pluie de cailloux.

Les yeux braqués sur les toits, Aisling ne vit pas l'ombre qui se glissait entre les chevaux, son petit couteau à la main. D'un geste vif, le garçon trancha les lanières qui maintenaient la selle du prince en place. Le morceau de cuir glissa, entraînant l'homme avec elle. Au moment où il tombait, Aisling aperçu le gamin passait au cavalier suivant et répétait l'opération. Il fut choqué par la jeunesse du combattant. Ce n'était qu'un môme !

Il heurta durement le sol, maudissant l'architecte qui avait trouvé intelligent de paver la rue. Cela faisait un mal de chien. Mentalement, il vérifia qu'il n'avait rien de cassé. OK. Tout semblait fonctionner correctement. Il se releva d'un bond et jeta un coup d’œil au chariot qu'il était censé protéger. Plus aucun homme ne le défendait. Leurs ennemis avaient réussi à les en éloigner. Le cocher gisait à terre, sans doute mort. Plusieurs silhouettes en haillons avaient pris sa place. Un nuage se déplaça et la lune éclaira la scène de sa lumière blanche. Une fois de plus, le prince fut étonné par les traits juvéniles de leurs assaillants. Eux, des soldats de l'Empire, commandés par un membre de la famille impériale, étaient en train de se faire tourner en ridicule par une bande de gamins des rues. Cela dépassait l'entendement. S'ils perdaient, son honneur serait terni à jamais.


 Déjà, le chariot s'éloignait, mené d'une main experte par les jeunes voleurs. A les voir, Aisling comprit que c'était loin d'être la première fois qu'il faisait ça. Par tous les dieux, pourquoi le capitaine du guet ne l'avait pas mis au courant ? On lui avait parlé d'acte de rébellion isolé, de noble rançonné et de marchands qui refusaient de payer leur impôt. La situation était bien plus grave. Il regarda autour de lui. Ses gardes s’étaient déployées autour de lui, empêchant les ennemis de l'attaquer. Il jura de nouveau. Il était un guerrier. Ce n'était pas lui que ces hommes devaient protéger, mais le chariot qui venait de disparaître dans la ruelle adjacente. Il fit signe aux soldats les plus proches de le suivre, mais deux jeunes assaillants se jetèrent sur eux. Le prince pesta et se lança seul à la poursuite des voleurs.  

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Image trouvée ici ; http://www.deviantart.com/art/Medieval-City-7317067




La nuit était tombée depuis déjà quelques heures, plongeant la ville dans les ténèbres. Accroupie dans une ruelle étroite et malodorante, Lily attendait que le guetteur donne le signal. Le transfert des impôts des coffres du gouverneur vers la capitale était censé se faire ce soir-là. Les soldats impériaux semblaient croire qu'ils pourraient tromper la vigilance des groupes rebelles avec un transport nocturne. C'était peut-être vrai pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour les Vagabonds. S'ils avaient su combien d'oreilles à la solde de Lily traînaient en ville, ils auraient peut-être fait un peu plus attention aux informations qu'ils laissaient filtrer. L'adolescente était toujours étonnée de ce que pouvaient entendre les domestiques du château. Sans parler des filles de joie et des mendiants. De simples meubles pour les gens de la haute. Autant d'informateurs pour Lily.

Elle sourit en pensant à la stupidité de la noblesse et de certains bourgeois. Eux qui se croyaient tellement supérieurs. S'ils savaient que les dangereux criminels qu'ils craignaient tant n'étaient qu'une bande de gosses en haillons.

Elle jeta un coup d’œil à son « armée ». Il y avait Bran et Noé, douze ans tous les deux, mais l'exact opposé l'un de l'autre. Bran était petit et agile. Les privations qu'il avait subies dans l'enfance avaient stoppé net sa croissance, si bien qu'on ne lui donnait même pas dix ans. Noé lui était un véritable géant, aussi bien en hauteur qu'en largeur, ce qui faisait de lui une exception chez les Vagabonds, la plupart conservant toute leur vie leur silhouette d'enfant mal nourrie. Les deux benjamins du groupe n'avaient rejoint que récemment les équipes de nuit. Cela se voyait à leurs yeux inquiets qui fouillaient chaque ombre à la recherche d'un danger inexistant et à leurs mains crispées sur le petit couteau qui leur servait d'arme.


Beli et Glyn étaient plus à l'aise. À peine plus jeune que Lily, cela faisait plusieurs années qu'ils combattaient à ses côtés. Bientôt, eux aussi dirigeraient leur propre petit bataillon. Comme elle, comme Dann, Baath ou Séléné. Ses jeunes avec qui elle avait grandi et en qui elle avait une confiance aveugle. Eux aussi attendaient, tapis dans l'ombre, le moment de passer à l'action. Ils quitteraient sans doute un jour les Vagabonds, comme tant d'autres avant eux, mais en ces moments difficiles, tous étaient là pour la soutenir et permettre au groupe de survivre à la perte de sa fondatrice.

Dans la ruelle, c'était toujours le calme plat. À la chaleur de la journée, c'était substitué la fraîcheur du soir. Lily frissonna. Sa fine chemise de coton, user jusqu'à la corde la protégeait très mal du froid. Elle devrait bientôt en acheter une neuve. Ou en voler une si l'occasion se présentait. En attendant, il allait falloir qu'elle passe outre. L'attente risquait d'être longue. Ses sources n'avaient pas obtenu des informations aussi précises que d'habitude sur le transfert. Cela pouvait aussi bien se passer dans cinq minutes ou dans plusieurs heures. C'était, à son sens, l'aspect le plus dur du boulot. Lily n'avait jamais été d'une grande patience au grand dam de sa grand-mère. Elle aimait l'action, l'adrénaline qui coulait dans ses veines pendant un combat, l'excitation de la victoire... Elle eut une pensée pour toutes ses femmes qui vivaient une vie bien rangée. Mariée à quinze, un premier gosse l'année suivante, puis un nouveau tous les uns ou deux ans qu'elle nourrirait avec peine… Une vie de dur labeur, sans joie, sans espoir d'amélioration. Ces gens se contentaient de survivre. Lily ne pouvait pas leur en vouloir, mais elle savait qu'elle ne saurait jamais s'en satisfaire. Ce qu'elle voulait, elle, c'était vivre, malgré tout les risques que cela comportait.

Au loin, une chouette hulula. Lily se contracta, attentive au moindre son de la nuit. Le cri se répéta trois fois. C'était le signal. La sentinelle avait repéré le convoi. D'ailleurs, il lui semblait presque entendre les chevaux. Elle se leva et avança prudemment jusqu'à l'entrée de la ruelle. Ses pieds ne firent pas un bruit quand elle se déplaça.

En face, elle aperçut Dann. Il lui montra ses deux mains grandes ouvertes, les referma et les ouvris de nouveau. Il attendit un bref instant et remontra ses mains vides. Vingt hommes, dont dix à cheval. Le garçon tirait ses infos du guetteur placé au dessus de sa tête. Le son des sabots claquant sur les pavés devenait de plus en plus présent. Lily fit signe à Dann d'attendre. Elle devina que, dans son dos, les garçons s’étaient rapprochés, prêts à passer à l'action. 


Dans l'air, la tension était presque palpable. Les soldats étaient maintenant tout près. Ils se déplaçaient en silence. De toute évidence, ils cherchaient à être discrets. Du moins, autant que pouvaient l'être dix chevaux dans les rues désertes. Le cœur de Lily se mit à battre plus fort. Malgré les années, elle ressentait toujours cette poussée d'adrénaline au moment d'engager le combat. Son rythme cardiaque s'accélérait, ses muscles se raidissaient. Elle se sentait comme un chat sur le point de bondir. Comme lui, elle attendait l'instant parfait pour surprendre sa proie. Un sourire carnassier étira ses lèvres. Le moment était venu. Tous attendaient son signal. Elle leva la main et ferma le poing.


Prologue :


Perchée sur le toit du repaire, Liberté observait les enfants dans la rue en contrebas : une joyeuse de mendiants et de tire-laine en guenille. Plusieurs d'entre eux l'aperçurent et la saluèrent d'un petit signe de la main, mais la plupart ne firent pas attention à elle, trop content de rentrer se reposer après une longue journée de travail. Il fallait dire que le soleil avait brillé toute la journée, dardant ses rayons brûlants sur la cité. Si l'atmosphère dans le centre-ville était difficilement supportable par cette chaleur, dans les quartiers pauvres, l'air devenait tout bonnement irrespirable. Les relents de pourritures et de déjections humaines vous prenaient à la gorge et vous piquaient les yeux. Le seul moyen d'y échapper, c'était de prendre de la hauteur. Là, une brise agréable, chargée d'embruns, soufflait, rappelant aux habitants que la mer était toute proche. De là où elle était, la jeune fille apercevait les voiles des navires stationnés dans le port. Sa grand-mère lui avait raconté la ville était à l'origine un bastion de la piraterie, un refuge pour des bandits de tout poil. Au fil des décennies, des colons étaient ensuite venus s'y installer, poussés par des rêves de richesses et de libertés, et sous leur impulsion Cahadh était devenu une glorieuse cité état, libre, fière et indépendante à l'image des aventuriers qui l'avaient fondé. Aujourd'hui, il ne restait plus grand-chose de sa splendeur d'antan. La cité n'était plus qu'une petite ville de province, un vulgaire trou à rat qui intéressait bien peu les gens aux pouvoirs. Pourtant malgré les odeurs, la misère et la violence qui y régnait, Liberté aimait la cité et ses bas-fonds. C'était là qu'elle était née, qu'elle avait grandi, qu'elle avait fait ses premiers pas. Elle en connaissait le moindre recoin. Les nobles de l'Empire qui se pavanaient dans leur costume rutilant pouvaient bien penser ce qu'ils voulaient. C'était à eux, les oubliés, les moins que rien que la ville appartenait. Et tel un phare sur leur visage fatigué, leur regard brillait toujours de la même fierté qui avait fait la grandeur de Cahadh.

- Ah, Lily. Je savais bien que je te trouverais ici, déclara une voix derrière elle.

La jeune fille ne se retourna pas. Elle n'en avait pas besoin. Elle avait reconnu Dann rien qu'aux sons de ses pas.Sans même le regarder, elle pouvait se représenter chacun de ses traits : son menton volontaire, les fossettes de ses joues, ses grands yeux rieurs, ses cheveux longs et bouclés qui n'avaient sans doute jamais rencontré les ciseaux d'un coiffeur...Il avait toujours fait partie de sa vie, au point de devenir une partie d'elle-même.
Son ami s'avança jusqu'au bord du toit et vint se placer à côté d'elle, contemplant lui aussi les derniers petits qui regagnaient l'abri. Le vent joueur s'amusait avec ses mèches brunes, que le garçon repoussait d'un geste machinal quand elle lui tombait devant les yeux. Devant eux, le soleil entamait sa lente descente vers l'océan.

- Tu es prête ? lui demanda-t-il.

Un sourire carnassier se dessina sur le visage de l'adolescente. Oh que oui, elle était prête. Ce soir encore, ils allaient montrer aux hommes du gouverneur qui étaient les maîtres.

*******

Quand Dann et Lily descendirent du toit, tous les petits et la plupart des grands étaient déjà rassemblés dans l'unique salle du repaire. Le bâtiment avait été jadis un entrepôt à bestiaux. Nombre de moutons et de cochons y avaient vécu leurs derniers instants avant d'être découpés et vendus aux bourgeois et aux nobles de Cahadh, seuls à pouvoir se payer de la viande. Depuis, le boucher avait laissé la place à une maison de passe. L'odeur des parfums bon marché et des clients imbibés d'alcool avait remplacé celle du sang et des déjections animales, et les Vagabonds de Cahadh avaient investi le hangar désormais inutile. Les enfants et les prostituées c'étaient toujours très bien entendu, chacun trouvant son compte dans cette étrange cohabitation. Les femmes adoraient gagater avec les petits qui se laissaient faire de bonne grâce. Les plus grands aussi y trouvaient leur compte et il n'était pas rare en fin d'après-midi, de les voir déserter le hangar pour rendre visite à leurs charmantes voisines. Et en échange de leur hospitalité, les tire-laines évitaient de détrousser les clients du bordel et les adolescents s'occupaient de récupérer les dettes des mauvais payeurs. Un marché des plus équitables pour les deux parties.

La grande pièce qui servait à la fois de dortoir, de réfectoire et de salle de jeu, était bruyante, emplie de rire et de chamaillerie d'enfants ou même d'adultes. Une oasis de bonheur dans un monde de brute. Voilà ce que la grand-mère de Lily avait voulu créer. Un endroit où les gosses des rues, ceux dont personne ne se préoccupait trouveraient un refuge. Plus que ça, une famille. Mais grand-mère était morte l'année précédente, et Lily avait repris le flambeau. C'était, elle, maintenant qui était responsable de groupe. Un énorme poids pour une adolescente de seize ans. Tant de vie dépendait d'elle.

Deux bambins passèrent devant eux en courant. Dann en attrapa un au passage et le lança en l'air pour le plus grand plaisir du petit. Le sourire de la jeune fille s'élargit. Difficile au milieu de ses éclats de rire, d'imaginer que ce soir, comme presque tous les soirs, ils allaient risquer leur vie. Car l'empire de Sisu n'avait aucune pitié pour les rebelles. Chaque fois qu'ils défiaient l'autorité de la couronne, c'était la mort ou l'esclavage qu'ils risquaient. La plupart n'y pensaient pas. Ils n'étaient après tout que des enfants. Les plus âgés n'avaient que quelques années de plus que Lily. Comme elle, ils se croyaient invincibles et défiaient les autorités avec une insouciance propre à la jeunesse. Jusqu'à ce que l'un d'eux disparaisse ou se fasse capturer, leur rappelant que leur existence ne tenait qu'à un fil. Alors, ils pleuraient jusqu'à se sentir vide. Puis, ils oubliaient et tout recommençait comme avant. Ils n'auraient pas pu vivre la vie qu'ils vivaient autrement.

Le repas se déroula joyeusement. Tout en écoutant ce que lui racontaient ses amis, Lily surveillait du coin de l'oeil Lug et Yago, deux jumeaux qui les avaient rejoints quelques jours plus tôt. Elle devait être vigilante. Les nouveaux, qui arrivaient ici après avoir vécu des mois, voire des années dans la rue, avaient tendance à s'empiffrer jusqu'à se rendre malade. Il fallait des semaines pour qu'ils parviennent à comprendre qu'ici, la nourriture, bien que simple, venait rarement à manquer. Comment leur en vouloir quand on savait ce qu'ils avaient vécu ? Ses gosses étaient des survivants. Ils avaient huit ou neuf ans, difficile de savoir, aucun d'eux ne connaissait sa date de naissance, mais semblaient en avoir à peine six. Leurs yeux avides paraissaient démesurés sur leurs visages émaciés. La loi de la rue était impitoyable et les plus faibles finissaient souvent sur le pavé dans l'indifférence la plus totale. Tout le monde n'était pas comme la grand-mère de Lily. Au contraire, elle était plutôt l'exception qui confirmait la règle.


D'un geste discret, Lily indiqua à l'adolescent installé à côté des petits de leur retirer leur assiette avant qu'ils ne s'étouffent avec les arêtes du poisson. Les deux enfants protestèrent un peu, mais le laissèrent faire, se contentant de lorgner les déchets dans les écuelles de leurs voisins. Pour des gosses des rues, habitués à puiser leur substance dans les ordures, cela représentait un véritable festin. La jeune fille soupira. Il y avait tant de mômes à sauver. Elle faisait de son mieux, mais ne pouvait s'empêcher de penser que ce n'était pas suffisant. Elle aurait voulu pouvoir tous les aider. Une tache impossible dans une ville qui comptait dix fois plus d'enfant que d'adulte et dont l’espérance de vie atteignait difficilement quarante ans.


L'une des raisons pour lesquelles je peux passer un certain temps sans poster sur ce blog est que j'ai toujours un certain nombre de projets en cours et que tous n'apparaissent pas ici. On m'a toujours répété qu'il fallait finir ce qu'on faisait avant de commencer autre chose, mais en ce qui concerne l'écriture, j'en suis tout simplement incapable. J'ai très peu de contrôle sur mon imaginaire. Les idées me viennent comme ça et je n'ai souvent pas d'autre choix que de les écrire pour pouvoir penser à autre chose. Enfin, bref, je travaille donc sur plusieurs projets en même temps.

Mon projet principal, si on peut appeler ça comme ça, est l'écriture d'une série de romans d'aventure jeunesse : l'apprentissage du sang. Celle-ci n'est pas publiée sur ce blog et pour cause, elle a de fortes chances d'être éditée. Le premier tome a en effet beaucoup plu à l'éditrice de nats edition qui c'est engagé ( du moins, je devrais bientôt recevoir la promesse de contrat) dés qu'elle aurait de la place dans son planning de publication. C'est une semi-victoire étant donné que le contrat n'est pas encore signé, mais pour une auteure débutant comme moi, c'est déjà beaucoup. En tout cas, cela me donne la motivation nécessaire pour continuer à écrire le tome 2 qui est en bonne voie. J'y consacre la plupart de mes efforts et c'est surtout à cause de ça que mes autres projets n'avancent pas aussi vite que je le voudrais.

Ensuite, il y a "le pays des enfants parfaits", un roman de science-fiction jeunesse, publié sur ce blog. L'idée m'est venue pendant que j'écrivais le premier tome de l'apprentissage du sang et a eu le temps de mûrir pendant que je le finissais. Etant donné que je ne fais jamais de plan, je ne sais pas encore trop où mes personnages vont m'emmener. Pour l'instant, ils continuent tranquillement leur route et on verra bien ce que cela donnera.

Résumé :
D'un côté, il y a Rubis, une adolescente rebelle en rupture avec ses parents et avec la société. De l'autre, Samuel, un garçon étrange, qui vit terré sous terre. Tous deux sont en quête de vérité, de liberté, et surtout d'amour. Rien ne les prédestinait à se rencontrer. Le hasard va les réunir et leur faire découvrir qu'ils ont bien plus en commun que ce qu'ils pensaient.

Avancement :

9 chapitres de postés. Deux chapitres supplémentaires écrits, mais à relire et corriger. Soit environ mots au total



Publié également sur ce blog, il y a " jeu de pouvoir", un roman de fantasy. Je crois que je vais faire une pause sur ce projet. Le début ne me convient pas, l'univers n'est sans doute pas encore assez construit... Je garde l'idée, mais en l'état actuel des choses je ne pense pas arriver à grand-chose.

Un autre projet de roman de Fantasy : Liberté. Au début, j'ai inventé cette histoire pour m'amuser et puis j'ai décidé de l'écrire. L'univers est très succinct ce roman n'ayant pas vraiment vocation d'en être un. Mais j'ai publié cette histoire sur google+, comme ça pour voir et plusieurs personnes l'ont aimés.  Par respect pour eux, j'ai décidé de la continuer ( même si j'ai pris beaucoup, beaucoup de retard, j'espère qu'ils m'en excuseront) et de la rapatrier sur ce blog. N'hésitez donc surtout pas à me donner votre avis dessus. Soyez critique et n'hésitez pas à dire ce qui cloche.

Résumé : 

A seulement seize ans, Liberté, Lily pour les intimes, dirigent les Vagabonds de Cahadh, une bande d'enfants des rues. Mais l'empire de Sisu est impitoyable envers ceux qui refusent de se plier à sa loi.  La mort ou l'esclavage attendent ceux qui s'y refusent.
Confrontée à son destin, Lily parviendra-t-elle à aimer celui qui la prive de ce qu'elle a de plus cher et pour quoi elle s’est tant battue : sa précieuse liberté ?

Avancement :
Environ 9000 mots.


Je suis également en train de bosser sur un l'écriture d'un roman à quatre mains qui mélangera Fantasy et science-fiction avec un ami, mais le projet en est encore vraiment à ces débuts.

Voilà, je n'ai plus qu'à retrousser mes manches histoire de faire avancer un peu tout ça. 

Après une longue pause, je me suis enfin remise à ce projet. Voilà donc la suite du pays des enfants parfaits. J’espère qu'elle vous plaira.



— Et attends, ton jogging, s’écria-t-elle, mais le garçon avait déjà disparu dans l’obscurité des souterrains.

Ce mec était encore plus étrange qu’elle, ce qui n’était pas peu dire. Malgré ça, sa disparation lui fit un léger pincement au cœur. Un sentiment qu’elle étouffa vite. Elle était forte, elle n’avait besoin de personne.

Elle repensa à la dernière phrase de son curieux guide. Il n’avait tort. Comme la plupart des gadgets électroniques, sa montre possédait une puce GPC intégrée. C’était une des raisons pour lesquelles la mairie en offrait une à chaque enfant le jour de ses six ans. Cela facilitait les recherches en cas de disparition. Ruby avait toujours eu quelques doutes sur l’efficacité du dispositif. La première chose que faisait un kidnappeur était sans doute de confisquer au gosse tous ses objets connectés. Quoique… certains gamins étaient tellement bardés d’électroniques qu’il devait être fréquent d’en oublier un ou deux. Elle avait même entendu dire que des parents avaient implanté des puces localisatrices dans le corps de leurs chers bambins. Rien que d’y penser, elle ne pouvait s’empêcher de frissonner. Elle sentait presque l’implant métallique rouler sous sa peau... Mais fermons la parenthèse. L’heure n’était pas aux divagations. Ruby devait prendre une décision et vite. Car si les chances que sa famille ait signalé sa disparition était presque nulle, aux bahuts, la sonnerie avait probablement déjà retenti. Et le lycée avait l’obligation de declarer aux autorités les élèves qui séchaient les cours. Dans quelques heures, les hommes en blancs se lanceraient à sa recherche. Son estomac, pourtant bien vide, lui sembla soudain peser très lourd. Sa décision, elle l’avait prise sur un coup de tête. Elle ne s’était pas rendu compte de toutes les implications que cela entraînait. Plus de lycée. Jamais. Le terme fugueuse serait inscrit dans son dossier. Cela lui resterait à vie. Si elle voulait trouver un travail sérieux. Entrer à l’université… L’université… Cette idée la fit rire, chassant ses derniers doutes. Jamais elle n’avait eu la moindre chance d’y aller. Pour cela, il fallait de l’argent. Ou alors, se distinguer des autres, être une tête ou un grand sportif. Ruby n’était ni l’un ni l’autre. L’avenir qui s’offrait à elle était le même que ses parents. Trimer sang et eau pour tenter de garder le bec à la surface. Perspective peu réjouissante. Non, ce n’était pas les études qui lui permettraient de s’en sortir. Son seul espoir, se montrer plus maligne que le système, refuser d’entrer dans le rang. On pouvait être heureux sans argent. Pas sans liberté.

Avec une détermination et une confiance en elle qu’elle n’avait pas ressentie depuis bien longtemps, Ruby jeta sa montre au loin. Se séparer de sa musique lui faisait mal au cœur, mais c’était une étape nécessaire. Et puis, elle s’en achèterait une nouvelle dès qu’elle aurait un peu de sous. Avec un numéro de puce anonyme. Big Brother ne gagnerait pas.
Elle fourra ensuite son pantalon dans son sac à dos et enfila sa parka. Non sans un regard en arrière, elle se mit à grimper à l’échelle. Les barreaux dont la surface rouillée se désagrégeait sous ses doigts ne l’arrêtèrent pas et ce fut une Ruby toute neuve qui émergea à l’air libre.


********


L’air froid de janvier lui coupa le souffle. Le contraste entre en haut et en bas était saisissant. Ruby comprit pourquoi les SDF bravaient les dangers pour se réfugier sous la surface. Mais pas le temps de réfléchir aux raisons qui poussaient des hommes à s’enterrer vivants. Même si la rue dans laquelle elle avait émergé était pour l’instant déserte, des passants pouvaient débouler à tout moment. Il lui faudrait alors expliquer ce qu’elle faisait là et ça, elle s’en abstiendrait bien. Elle remonta le col de sa parka, enfonça ses mains dans ses poches et se mit en route.

Vingt minutes de marche et quarante minutes de métro plus tard, elle arriva devant le petit café où elle et Sarah avaient l’habitude de traîner après les cours. Peter le barman était un vieil ami de Sarah.
Elle poussa donc la porte du « Grey dog ». Elle n’était pas revenue depuis le départ de Sarah. Les lieux lui rappelaient douloureusement l’absence de la jeune blonde au fort caractère. Sans son sourire communicatif, la décoration épuré semblait juste austère. L’adolescente n’avait jamais vraiment adhéré au concept « néo-industriel » dont le patron était si fier. Les murs gris et les meubles blancs manquaient de vie. Déserté de ses clients, c’était encore pire.

Un sentiment de malaise s’empara de Ruby, une impression de ne pas être à sa place dans cet endroit où elle avait pourtant vécu tant de bon moment. Peter, occupé à nettoyer le comptoir, ne l’avait pas entendu arriver. Comme Ruby, il passait la majorité de son temps avec ses écouteurs dans les oreilles. Inutile d’essayer de lui parler. Il mettait le son tellement fort qu’elle pouvait presque comprendre les paroles de là où elle était.

Elle en profita pour l’observer. Elle l’avait toujours trouvé trop mignon avec ses jeans déchirés et ses cheveux longs. Si seulement il pouvait voir en elle autre chose qu’une petite sœur. Enfin, il releva la tête et l’aperçu. Un sourire se dessina sur son visage, le rendant encore plus craquant. Il retira ses écouteurs et posa son torchon sur le bar.

— Ruby, cela faisait longtemps que tu n’y étais pas venu nous rendre visite.

Ruby sourit timidement. Elle avait l’impression de sentir ses joues virer au rouge tomate. « Idiote, trouve quelque chose d’intelligent à répondre ».

Peter fit le tour du comptoir et s’approcha d’elle. Il l’observa avec circonspection.

— Je t’aurais bien serré dans mes bras, lui dit-il, mais tu es pleine de poussières. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Ruby repensa à sa dispute avec sa mère, à ce type qui l’avait violemment plaqué contre le mur, au sentiment d’impuissance qu’elle avait ressenti. Elle se mit à trembler et les larmes commençaient à monter. Peter la prit par les épaules.

— Ruby, ça va ? demanda le jeune barman, une expression anxieuse sur le visage.

Ruby ne répondit rien. Elle savait que si elle ouvrait la bouche, elle éclaterait en sanglots. Elle se maudit d’être aussi faible. Inquiet, Peter la fit asseoir à une table et lui apporta un verre d’eau.
Ruby but une gorgée et elle sentit la boule qu’elle avait dans la poitrine refluer. Elle se força à sourire au jeune homme qui s’était installé en face d’elle.

— Tu veux en parler ?

L’adolescente secoua la tête.

— OK. Comme tu veux. Mais si tu as besoin je suis là. Après tout, c’est mon boulot.

— À propos de boulot, commença Ruby, je cherche un travail en ce moment, et je me demandai si je ne pouvais pas prendre la place que Sarah si elle est encore libre.

Peter la dévisagea quelques secondes.

— Si tu permets, quel âge as-tu ?

— Dix-sept ans, mentit la jeune fille.

Une expression dubitative s’afficha sur le visage de Peter ce qui fit rougir Ruby de plus belle, mais il ne contredit pas.

— Écoute sœurette, tu peux toujours tenter ta chance. Le patron n’a pas encore remplacé Sarah. Mais tu sais, les lycéennes, ce n’est pas vraiment son truc. Il cherche des serveuses plus âgées, plus matures. Alors à ta place, je ne fonderais pas trop d’espoir là-dessus.

— Mais Sarah bossait bien ici et elle était aussi au lycée.

— Sarah, c’est Sarah, sans vouloir te vexer… Enfin, tu la connais… Elle… enfin, bon... Et puis, tu as vu dans quel état tu es ?

Dans quel état elle était ? Ses yeux se posèrent sur sa parka pleine de poussière, sur les traces grisâtres qu’elle laissait sur la banquette blanche. Elle ne sut soudain plus où se mettre.

— Je... Je peux utiliser les toilettes ?

— Bien sûr.

Honteuse, Ruby se leva et s’éloigna le plus vite possible.