lundi 12 octobre 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? 12/10/15





Ce rendez-vous qui a été initié par Mallou et repris par Galleane a pour but de parler de nos lectures passées, en cours et à venir.
Le principe est simple : répondre à ces trois questions :


1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?



  • Qu'ai-je lu la semaine passée ?
J'ai terminé La voix des morts, d'Orson S.Card le deuxième tome du cycle Ender. J'avais un peu peur d'être déçu tellement j'avais aimé le premier tome, mais mes craintes se sont révélés infondés. J'ai tout de suite était happé par ce roman, mêlant habilement réflexions scientifiques et personnages attachants. C'est donc un beau coup de cœur.


Résumé :
Trois mille ans se sont écoulés depuis l'extermination des Doryphores, et les hommes se croient désormais seuls dans l'univers. Or, on découvre sur la planète Lusitania l'existence des Piggies, bipèdes mi-hommes, mi-cochons doués d'intelligence. Des scientifiques sont détachés pour les étudier mais, sans mobile apparent, ils sont assassinés. L'humanité s'interroge : doit-on s'inquiéter de cette nouvelle menace?
Afin de rendre hommage aux victimes, on convoque sur la planète un Porte-Parole des Morts. Mais voilà, il cache dans ses bagage un cocon où vit la dernière reine des Doryphores. Car cet homme n'est autre qu'Ender, le Xénocide.


  • Que suis-je en train de lire ?
Je viens juste de débuter Keleanna, l'assasineuse, de Sarah, J.Maas, et pour l'instant, cela se lit très bien.




Résumé :

Le royaume d’Adarlan, d’où toute magie a été bannie, est gouverné d’une main ferme par un roi tyrannique. Keleana, membre de la secte des Assassins et opposée au pouvoir du roi, est emprisonnée dans les mines de sel d’Endovier depuis plus d’un an. Pour gagner sa liberté, Keleana doit représenter le prince Dorian dans un tournoi à mort dont l’unique survivant devra servir le roi pendant 4 ans. Mais les concurrents, l’un après l’autre, sont éliminés de façon mystérieuse et Keleana sent son tour venir. Manifestement, d’obscures forces magiques ressurgissent dans l’ombre de la cité et la jeune Assassineuse va devoir leur faire face… Heureusement, elle pourra compter sur l’aide de deux hommes : son entraîneur, le beau capitaine Chaol, et le prince Dorian en personne, qui sont tous deux tombés amoureux d’elle. Et dont les charmes ne la laissent pas indifférente…



  • Que vais-je lire ensuite ?
Je crois que je vais lire Clone Connexion, de Christophe Lambert
Je suis tombée dessus à la bibliothèque. J'avais lu quelques livres de lui au collège que j'avais trouvé super. J’espère ne pas être déçu par celui-là.




jeudi 8 octobre 2015

Liberté, chapitre 2 (première partie)





Le prince s’engouffra dans la ruelle. Dans le ciel, les nuages masquaient de nouveau la lumière de la lune. Il jura un silence quand il buta sur un tas d’ordures. L’odeur était vraiment immonde. Comment des gens pouvaient-ils vivre dans une telle infection ? Et dire qu’autrefois le monde entier enviait la riche et belle Cahadh. La cité était vraiment tombée bien bas.

 À cette heure tardive, cette partie de la ville était endormie. Les hautes bâtisses dessinaient des ombres menaçantes dans les rues désertes. Le centre-ville fourmillait sans doute encore de fêtards, mais les marchands et les travailleurs, eux, se reposaient de leur longue journée. Il pouvait suivre à l’oreille le bruit des roues de bois qui butaient sur les pavés. Un regard derrière lui lui apprit qu’aucun de ses hommes ne l’avait suivi. Il continua tout de même. Il faisait partie des meilleurs bretteurs de sa génération. Ce n’était pas une bande de gamins qui allaient l’effrayer.

Un bruit à sa gauche le fit sursauter. Un chat jaillit d’un recoin sombre, lui passa entre les jambes et sauta sur un vieux rat qui sortait d’un tas de planches pourrissantes, inconscient du danger qui le menaçait. L’animal jeta un regard méfiant au jeune noble, puis s’éloigna, sa prise entre les dents. Le prince faillit éclater de rire devant cet ennemi qui n’en était pas un. Il devait vraiment manquer de pratique du terrain pour se laisser effrayer par ce gros matou. Soulagé, il se retourna pour poursuivre sa route. Et se retrouva nez à nez avec un couteau. Le prince se figea. Son regard quitta l’arme pour remonter vers celui qui la tenait. Il se détendit un peu en reconnaissant le gamin qui avait coupé les sangles de sa selle. Ses yeux d’enfant étaient écarquillés par la peur.

— Tu es sûr que tu veux qu’on se batte, demanda le prince au garçon. Un couteau contre une rapière tu as peu de chances de gagner.

Une lueur de détermination s’alluma dans les yeux du gosse et Aislingh comprit qu’il n’échapperait pas au combat. Il soupira. Il n’y avait rien de glorieux à affronter un gamin. Mais le môme ne lui laissait pas le choix.

Avant qu’Aisling n’ait eu le temps d’esquisser un geste, l’enfant se jeta sur lui. Le prince évita le coup de justesse. Ce petit était rapide. Il aurait sans doute fait un bon combattant si on lui avait laissé quelques années de plus pour progresser. Emporté par l’adrénaline et la peur, le gamin frappa de nouveau. D’un mouvement vif, Aislingh attrapa le poignet qui tenait le couteau. Il le tordit. L’os craqua dans un bruit sec. Le gosse poussa un cri et lâcha son arme qui tomba au sol dans un bruit métallique. Le prince la poussa du pied. Il envoya ensuite valser le jeune voleur contre le mur en pierre. L’enfant voulut se relever, mais la lame à quelques centimètres de sa poitrine l’en dissuada.

Oh, il savait ce qu’il était censé faire. Il était seul et devait retrouver le chariot avant que les voleurs fassent disparaître l’argent. Il ne pouvait pas rester là à surveiller le môme en attendant les renforts. Les paroles de son mentor lui revinrent en mémoire. « La justice de l’empire est implacable. Ceux qui refusent de s’y soumettre doivent mourir. » Le vieux général avait oublié de préciser qu’il devrait l’appliquer à un enfant.

Malgré la peur qui écarquillait ses yeux, le gamin continuait de le défier du regard. Il semblait lui demander s’il aurait le courage de faire ce qui devait être fait, de planter sa lame dans la petite poitrine, de mettre fin à une vie qui venait à peine de commencer.

Avant qu’il ne parvienne à se décider, il sentit la piqûre d’une lame dans son dos. Il se maudit intérieurement. Voilà où le mener son hésitation. Le seigneur Fay aurait été terriblement déçu s’il avait pu le voir. « La justice de l’empire est implacable, tout comme ceux qui l’appliquent ».

— Lâche ton arme où je t’enfonce ma dague entre les omoplates, fit une voix féminine derrière lui.

Au ton qu’elle employait, il devina qu’elle ne plaisantait pas. Il obéit et l’épée tomba sur le sol dans un claquement sec. Il espéra que ses soldats l’avaient entendu. Il ne s’attendait à aucune pitié de la part des rebelles.

— Bran ! Son arme, ordonna la voix derrière lui.

Le gamin s’exécuta, tout en lançant un regard victorieux au prince. Quand ce fut fait, la fille écarta sa propre lame et Aisling put se retourner pour voir son agresseur. Il se retrouva face à une adolescente au regard frondeur. Malgré l’aspect peu confortable de la situation, il la trouva plutôt jolie. Enfin, « jolie » n’était peut-être pas le mot approprié. Les filles qu’il côtoyait à la cour, qu’elles soient nobles ou esclaves, étaient jolies, un savant mélange de sophistication, de douceur et de sensualité. Cette fille était… étonnante. Elle possédait quelque chose de spécial, une espèce d’aura féline qu’il serait bien incapable de décrire. Elle avait des traits fins et délicats, qui contrastaient avec la détermination qui se lisait dans son regard. Ses cheveux, aussi noirs que la nuit qui les entourait, étaient retenus en arrière en une queue de cheval toute simple. Elle ne semblait pas du genre à s’embarrasser de son apparence.
Sous ses vêtements d’homme, usés jusqu’à la corde, on devinait une silhouette menue, mais musclée, tonifiée par les heures d’exercice et les combats... Le prince ne put réprimer un sourire de connaisseur. « Il y a pire que de se faire tuer par une fille comme ça » pensa-t-il.

Une assurance tranquille se dégageait de la jeune fille, tandis qu’un sourire arrogant relevait le coin de ses lèvres parfaitement dessiné. Elle n’avait pas peur. D’ailleurs, pourquoi l’aurait-elle craint ? Elle était armée. Pas lui. Et le sang sur la lame prouvait que de toute évidence elle savait s’en servir.
Elle aussi le détaillait de ses grands yeux bleus. Et ce qu’elle voyait semblait... l’amuser ! Le prince fronça les sourcils, vexé par ce manque de considération à son égard.  

— Ta chemise, enlève là ! Lui ordonna soudain la jeune rebelle.

— Quoi ? S’étrangla Aisling, surpris par cette requête à laquelle il ne s’attendait pas.

— Tu as très bien entendu.


Le prince la jaugea du regard. La plupart des gens baissaient les yeux quand il les fixait ainsi, mais pas elle. Elle soutint son regard sans vaciller. Il décida qu’il valait bien obtempérer.

mercredi 7 octobre 2015

Blogger Recognition Awards


J'ai été nominé par Lucille aux Blogger Recognition Awards , ce qui m'a fait très plaisir, surtout que je ne m'y attendais pas du tout. Je vous conseille d'aller faire un tour sur son blog (ici), il est vraiment sympa.
L'histoire de mon blog ? Cela remonte à quelques mois à peine, une envie de partager ce que j'écrivais, de faire découvrir mon univers. Et je n'ai pas été déçu. Les écrivains et autres passionnés d'écriture sont bien plus nombreux que je le pensais sur le web, et tous très sympathiques.


Plus récemment, mon blog s’est enrichi d'une rubrique sur la lecture, car pour moi écriture et lecture sont liées.


Alors, je n'ai qu'un conseil à donner. Lancez-vous. N'ayez pas honte de ce que vous faites. Que vous aimiez lire, écrire ou toute autre chose, n'hésitez pas à le partager. Vous ne le regretterez pas.


Et maintenant, la liste des nominés. Quinze, comme demandé dans le sujet initial me paraît un peu beaucoup. Je ne retiendrais que ceux qui me plaisent vraiment.






Et je le répète : n'hésitez pas à aller faire un tour sur le blog de Lucille, car si ce n'était pas elle qui m'avait nominé, elle ferait aussi partie de cette liste.


En ce qui concerne les nominés, voici les règles :

-Remercier la personne qui vous a nominée
-Ecrivez un poste contenant une brève histoire de votre blog
-Donner un ou deux conseils pour les nouveaux bloggers
-Sélectionnez 15 autres blogs à qui vous souhaitez donner le prix
-Informez les nominés avec un lien vers les détails de la nominations. 



samedi 3 octobre 2015

La stratégie Ender, Orson S.Card




Salut à tous,

Depuis un moment, j'essaye de tenir deux blogs, un d'écriture et l'autre de lecture. Or, je suis bien obligée de me rendre à l'évidence, entre les cours et mes différents projets de roman, je n'ai plus beaucoup de temps. Je lis donc beaucoup moins qu'avant et certainement pas assez pour remplir un blog sur le sujet. Malgré cela, vous faire partager mes lectures est quelque chose qui me tient à coeur. Qu'à cela ne tienne, "à la recherche de nouveaux mondes" va s'enrichir d'une rubrique de critiques de livres.

Comme premier article, il me fallait du lourd. Cela tombe bien, je viens de finir le tome 2 du cycle d'Ender. Quoi de mieux qu'une référence tel que monsieur Scott Card pour inaugurer cette nouvelle rubrique ? Je ne peux pas vous parler du tome 2 sans avoir au préalable parlé du 1. Donc aujourd'hui le sujet est, la stratégie Ender, premier tome du cycle Ender.

J'avoue être assez difficile en science-fiction. J’aime bien les dystopies, mais en général les batailles interstellaires et les vaisseaux spatiaux ont tendance à m’ennuyer prodigieusement. Pourtant, j’ai adoré les deux premiers tomes de cette trilogie de SF militaire. Et pour cause, contrairement aux apparences, vous ne trouverez (presque) pas de batailles spatiales dans ce roman. L'angle trouvé par l'auteur est totalement novateur et ce n'est pas pour rien que ce roman a reçu le prix Nébula et le prix Hugo.

Mais commençons par le début. Nous sommes maintenant dans le futur. L'humanité vient d'échapper de peu à l'anéantissement. L'ennemi, une puissance extraterrestre, les doryphores, beaucoup plus développés et au mode de pensées radicalement différent. De cette confrontation, les humains ont gagné une nouvelle technologie, l'ansible, qui leur permet de communiquer à travers tout l'univers. Ils peuvent maintenant aller attaquer les doryphores sur leur propre planète. Des vaisseaux sont envoyés à des années-lumière de la terre avec un seul but : exterminer la menace qui pèse sur l'espèce humaine. Pour cela, il leur faut un général, le meilleur de tous les temps, quelqu'un capable de gagner contre des ennemis plus nombreux et mieux équipés. Et c'est Andrew Wiggin, surnommé Ender par sa grande sœur Valentine, le dernier né d'une famille de surdoués ( vraiment, ces enfants sont véritablement monstrueux de génie et de précocité) que choisit l'état-major. Celui-ci n'a que six ans quand il est envoyé à l’école de guerre, un centre d’entraînement isolé dans l'espace. Le sort qui est réservé au jeune Ender est vraiment horrible. Les adultes font tout pour l'isoler, pour qu'il ne puisse compter que sur lui-même. Dans cet univers impitoyable, soumis à la jalousie des autres élèves devant son incroyable intelligence, Ender n'a pas le choix : il doit devenir le meilleur ou se faire détruire.

Le tout est profondément perturbant. Ender a des réflexions si matures qu'on en vient à oublier qu'il n'est qu'un petit garçon à qui sa famille manque, qu'ils le sont tous, des enfants manipulés par des adultes sans scrupules. Jusqu'où peut-on aller au nom du bien commun ? Voilà une des nombreuses questions que nous amène à nous poser ce merveilleux roman. Car la stratégie Ender, plus qu'un roman de space opera, est un roman psychologique, un véritable parcours initiatique pour le Andrew Wiggin. Ender est un personnage plutôt ambigu, à la fois implacable et capable d'une profonde empathie, si intelligent et pourtant si naïf.

Pour résumer, la stratégie Ender est un roman que tous les fans de science-fiction devraient lire. La plume d'Orson S.Card est excellente, l'histoire originale, et les personnages parfaitement construits et attachants. Bien qu'approchant un peu de la hard science ( à vrai dire, c'est surtout vrai pour le tome 2), le roman reste parfaitement accessible et finalement, les thématiques qu'il aborde sont plutôt proche de nous : peur de celui qui ne nous ressemble pas, endoctrinement, enfant-soldat ... En bref, un roman qui fait réfléchir.

Ce roman a aussi été adapté en film. Film que je n'ai pas vu. En fait, j'ai tellement aimé le livre que j'ai un peu peur d'être déçu, que le côté psychologique que j'ai tant apprécié soit un peu laissé de côté au profit des batailles en simulateur.

Et pour ceux qui voudraient découvrir d'autres œuvres du même auteur, je vous conseille :



  • Les chroniques d'Alvin le faiseur : le septième fils
Je n'ai pas encore lu la suite, mais je recommande vivement ce récit qui est un mélange assez surprenant de fantasy, fantastique et de roman historique. Si vous avez aimé la stratégie Ender, vous aimerez surement le septième fils et inversement. 

Résumé : Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l'homme rouge, un enfant au destin exceptionnel va naître en des circonstances tragiques. Septième fils d'un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d'un " Faiseur ", pour peu qu'il parvienne à échapper aux périls qui pèsent sur son existence. Car il est un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l'empêcher de vivre et de grandir.Nous sommes dans les années 1800, sur la terre des pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des talents à la dimension magique, et les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. 

  • Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction :  Ce livre est un véritable coup de cœur, aussi utile qu'agréable à lire. C'est ce bouquin qui m'a donné envie de découvrir l'univers de son auteur. Je vais m'arrêter là, ce livre mériterait une chronique à lui tout seul. C'est d'ailleurs sans doute ce que je vais faire. Et avant de nous quitter, un petit détail qui a son importance. Ce livre est publié par Bragelonne. Je ne sais pas vous, mais moi, si Bragelonne veut m'apprendre à écrire de la Fantasy, je dis oui.  




Liberté, chapitre 1 (deuxième partie)







Le premier garde ne comprit pas ce qui lui arrivait. Il vit juste une fine silhouette se jeter devant lui, avant que son cheval se cabre, le projetant à terre. L'instant d'après, une pluie de pierres tomba du toit. Le prince Aisling jura et dégaina la rapière qu'il portait à la ceinture. D'un geste, il indiqua aux soldats qui l'entouraient de se rassembler autour du chariot. Autour d'eux, la bataille ne tarda pas à faire rage. Leurs ennemis les dépassaient en nombre et semblaient se fondre dans l'obscurité. Il regretta de ne pas avoir pris plus d'hommes. On l'avait pourtant prévenu que la cité de Cahadh grouillait de voleurs et de rebelles. Ils ne craignaient pas trop la première catégorie. Il fallait être drôlement culotté pour attaquer une troupe de soldats de l'Empire. La seconde était plus dangereuse, car ils n'avaient rien à perdre. L'empire était impitoyable avec ceux qui défiaient son autorité. Pour les inconscients qui s'y risquaient, il valait presque mieux mourir au combat que de se faire capturer. Les mines du pays regorgeaient de jeunes gens qui s’étaient crus plus forts que l'empereur. Ceux-ci ne survivaient jamais très longtemps.

Cahadh, la rebelle. Cahadh l'insoumise. Cela faisait plus de cinquante ans que la cité état était tombée sous le joug de l'Empire, et pourtant, la rébellion ne faiblissait pas. Sa jeunesse continuait à se battre et mourir au nom d'une liberté qu'elle n'avait jamais connue. C'était sans doute la raison qui avait poussé son grand-père à l'envoyer, lui, un prince de l'empire, diriger des troupes dans ce trou à rat perdu à la frontière sud du territoire. Car si la cité avait été prospère, il ne restait plus grand-chose de sa gloire passée. Les magnifiques bâtiments qui faisaient autrefois sa fierté avaient été pillés par ses propres habitants. Les mêmes qui disaient se battre pour préserver la dignité de la ville en déclin. Foutaise. Cahadh n'était plus qu'un immense tas de ruines. Les habitations branlantes des bas-fonds se multipliaient à une vitesse effarante, à l'image des pauvres âmes qui y vivaient. Si seulement ses idiots arrivaient à comprendre que cette décadence était uniquement leur faute. En refusant toutes les merveilles que l'Empire avait à leur offrir, ils sautaient eux-mêmes au fond du gouffre, entraînant tous leurs concitoyens avec eux. Et cela, l'empereur ne pouvait pas le permettre. À lui, maintenant de le satisfaire en faisant rentrer la cité déchue dans le rang.

Pour accomplir cette mission, le prince avait emmené avec lui une partie de sa garde personnelle, des soldats d'élite, rompu aux maniements des armes avec lesquels il s’entraînait tous les jours. Pourtant, ces guerriers expérimentés semblaient rencontrer des difficultés. Difficile de se battre contre des ombres. Aisling scruta l'obscurité pour essayer de mieux voir ce qui se passait à l'avant du convoi. Un mouvement sur le toit d'un des bâtiments qui bordaient la rue attira son attention. Il eut juste le temps d'apercevoir une silhouette avant que celle-ci disparaisse. Les ennemis avaient donc posté une partie de leurs hommes en hauteur. Voilà ce qui expliquait la pluie de cailloux.

Les yeux braqués sur les toits, Aisling ne vit pas l'ombre qui se glissait entre les chevaux, son petit couteau à la main. D'un geste vif, le garçon trancha les lanières qui maintenaient la selle du prince en place. Le morceau de cuir glissa, entraînant l'homme avec elle. Au moment où il tombait, Aisling aperçu le gamin passait au cavalier suivant et répétait l'opération. Il fut choqué par la jeunesse du combattant. Ce n'était qu'un môme !

Il heurta durement le sol, maudissant l'architecte qui avait trouvé intelligent de paver la rue. Cela faisait un mal de chien. Mentalement, il vérifia qu'il n'avait rien de cassé. OK. Tout semblait fonctionner correctement. Il se releva d'un bond et jeta un coup d’œil au chariot qu'il était censé protéger. Plus aucun homme ne le défendait. Leurs ennemis avaient réussi à les en éloigner. Le cocher gisait à terre, sans doute mort. Plusieurs silhouettes en haillons avaient pris sa place. Un nuage se déplaça et la lune éclaira la scène de sa lumière blanche. Une fois de plus, le prince fut étonné par les traits juvéniles de leurs assaillants. Eux, des soldats de l'Empire, commandés par un membre de la famille impériale, étaient en train de se faire tourner en ridicule par une bande de gamins des rues. Cela dépassait l'entendement. S'ils perdaient, son honneur serait terni à jamais.


 Déjà, le chariot s'éloignait, mené d'une main experte par les jeunes voleurs. A les voir, Aisling comprit que c'était loin d'être la première fois qu'il faisait ça. Par tous les dieux, pourquoi le capitaine du guet ne l'avait pas mis au courant ? On lui avait parlé d'acte de rébellion isolé, de noble rançonné et de marchands qui refusaient de payer leur impôt. La situation était bien plus grave. Il regarda autour de lui. Ses gardes s’étaient déployées autour de lui, empêchant les ennemis de l'attaquer. Il jura de nouveau. Il était un guerrier. Ce n'était pas lui que ces hommes devaient protéger, mais le chariot qui venait de disparaître dans la ruelle adjacente. Il fit signe aux soldats les plus proches de le suivre, mais deux jeunes assaillants se jetèrent sur eux. Le prince pesta et se lança seul à la poursuite des voleurs.  

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Image trouvée ici ; http://www.deviantart.com/art/Medieval-City-7317067

jeudi 1 octobre 2015

Liberté, chapitre 1 ( première partie)





La nuit était tombée depuis déjà quelques heures, plongeant la ville dans les ténèbres. Accroupie dans une ruelle étroite et malodorante, Lily attendait que le guetteur donne le signal. Le transfert des impôts des coffres du gouverneur vers la capitale était censé se faire ce soir-là. Les soldats impériaux semblaient croire qu'ils pourraient tromper la vigilance des groupes rebelles avec un transport nocturne. C'était peut-être vrai pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour les Vagabonds. S'ils avaient su combien d'oreilles à la solde de Lily traînaient en ville, ils auraient peut-être fait un peu plus attention aux informations qu'ils laissaient filtrer. L'adolescente était toujours étonnée de ce que pouvaient entendre les domestiques du château. Sans parler des filles de joie et des mendiants. De simples meubles pour les gens de la haute. Autant d'informateurs pour Lily.

Elle sourit en pensant à la stupidité de la noblesse et de certains bourgeois. Eux qui se croyaient tellement supérieurs. S'ils savaient que les dangereux criminels qu'ils craignaient tant n'étaient qu'une bande de gosses en haillons.

Elle jeta un coup d’œil à son « armée ». Il y avait Bran et Noé, douze ans tous les deux, mais l'exact opposé l'un de l'autre. Bran était petit et agile. Les privations qu'il avait subies dans l'enfance avaient stoppé net sa croissance, si bien qu'on ne lui donnait même pas dix ans. Noé lui était un véritable géant, aussi bien en hauteur qu'en largeur, ce qui faisait de lui une exception chez les Vagabonds, la plupart conservant toute leur vie leur silhouette d'enfant mal nourrie. Les deux benjamins du groupe n'avaient rejoint que récemment les équipes de nuit. Cela se voyait à leurs yeux inquiets qui fouillaient chaque ombre à la recherche d'un danger inexistant et à leurs mains crispées sur le petit couteau qui leur servait d'arme.


Beli et Glyn étaient plus à l'aise. À peine plus jeune que Lily, cela faisait plusieurs années qu'ils combattaient à ses côtés. Bientôt, eux aussi dirigeraient leur propre petit bataillon. Comme elle, comme Dann, Baath ou Séléné. Ses jeunes avec qui elle avait grandi et en qui elle avait une confiance aveugle. Eux aussi attendaient, tapis dans l'ombre, le moment de passer à l'action. Ils quitteraient sans doute un jour les Vagabonds, comme tant d'autres avant eux, mais en ces moments difficiles, tous étaient là pour la soutenir et permettre au groupe de survivre à la perte de sa fondatrice.

Dans la ruelle, c'était toujours le calme plat. À la chaleur de la journée, c'était substitué la fraîcheur du soir. Lily frissonna. Sa fine chemise de coton, user jusqu'à la corde la protégeait très mal du froid. Elle devrait bientôt en acheter une neuve. Ou en voler une si l'occasion se présentait. En attendant, il allait falloir qu'elle passe outre. L'attente risquait d'être longue. Ses sources n'avaient pas obtenu des informations aussi précises que d'habitude sur le transfert. Cela pouvait aussi bien se passer dans cinq minutes ou dans plusieurs heures. C'était, à son sens, l'aspect le plus dur du boulot. Lily n'avait jamais été d'une grande patience au grand dam de sa grand-mère. Elle aimait l'action, l'adrénaline qui coulait dans ses veines pendant un combat, l'excitation de la victoire... Elle eut une pensée pour toutes ses femmes qui vivaient une vie bien rangée. Mariée à quinze, un premier gosse l'année suivante, puis un nouveau tous les uns ou deux ans qu'elle nourrirait avec peine… Une vie de dur labeur, sans joie, sans espoir d'amélioration. Ces gens se contentaient de survivre. Lily ne pouvait pas leur en vouloir, mais elle savait qu'elle ne saurait jamais s'en satisfaire. Ce qu'elle voulait, elle, c'était vivre, malgré tout les risques que cela comportait.

Au loin, une chouette hulula. Lily se contracta, attentive au moindre son de la nuit. Le cri se répéta trois fois. C'était le signal. La sentinelle avait repéré le convoi. D'ailleurs, il lui semblait presque entendre les chevaux. Elle se leva et avança prudemment jusqu'à l'entrée de la ruelle. Ses pieds ne firent pas un bruit quand elle se déplaça.

En face, elle aperçut Dann. Il lui montra ses deux mains grandes ouvertes, les referma et les ouvris de nouveau. Il attendit un bref instant et remontra ses mains vides. Vingt hommes, dont dix à cheval. Le garçon tirait ses infos du guetteur placé au dessus de sa tête. Le son des sabots claquant sur les pavés devenait de plus en plus présent. Lily fit signe à Dann d'attendre. Elle devina que, dans son dos, les garçons s’étaient rapprochés, prêts à passer à l'action. 


Dans l'air, la tension était presque palpable. Les soldats étaient maintenant tout près. Ils se déplaçaient en silence. De toute évidence, ils cherchaient à être discrets. Du moins, autant que pouvaient l'être dix chevaux dans les rues désertes. Le cœur de Lily se mit à battre plus fort. Malgré les années, elle ressentait toujours cette poussée d'adrénaline au moment d'engager le combat. Son rythme cardiaque s'accélérait, ses muscles se raidissaient. Elle se sentait comme un chat sur le point de bondir. Comme lui, elle attendait l'instant parfait pour surprendre sa proie. Un sourire carnassier étira ses lèvres. Le moment était venu. Tous attendaient son signal. Elle leva la main et ferma le poing.