samedi 10 septembre 2016

Sur mes étagères : Dysfonctionnelle par Axl Cendres

Dysfonctionnelle, par Axl Cendres

Roman Ado

Editeur : Sarbacane













" Même avec une chose que tout le monde croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux "



Résumé :
Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille dysfonctionnelle ; Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l’asile ; mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie, entourée de ses six frères et sœurs aux personnalités fortes et aux prénoms panachés : Alyson, JR, Dalida, Jésus… Cette tribu un peu foldingue demeure Au Bout Du Monde, le bar à tocards que tient le père dans Belleville, théâtre de leurs pleurs et rires.

À l’adolescence, la découverte de son « intelligence précoce » va mener Fidèle à « l’autre » bout du monde : un lycée des beaux quartiers où les élèves se nomment Apolline ou Augustin, et re- gardent de haut son perfecto, ses manières de chat de gouttière et ses tee-shirts Nirvana. Mais c’est aussi là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui forme, transforme… celui qui sauve. 



En tombant sur ce bouquin à la bibliothèque, j’ai été séduite par la couverture et par le titre. Dysfonctionnelle. Je m’attendais à un livre qui raconte le quotidien d’une adolescente, plein d’humour et de situations incongrus. Une bonne lecture de vacance, en sommes, légère, amusante et sans prise de tête. J’étais assez loin du compte. Est-ce que cela m'a déçu ? Pas du tout.

Dysfonctionnelle nous raconte l’histoire de Fidèle, alias Bouboule, une des sept enfants de la famille Benhamoud. Son père est kabyle musulman, même s’il ne pratique pas vraiment. Sa mère juive polonaise convertie au catholicisme. Autant dire que l’ambiance à la maison est plutôt “folklorique”. En effet, Fidèle fait partie de ce qu’on pourrait appeler une famille “dysfonctionnelle” d’où le titre. Son père fait des aller-retour en prison, sa mère en hôpital psychiatrique; ils vivent au bout du monde, un hôtel-bar, au milieu des habitués. Une fratrie de sept enfants tous aussi originaux les unes que les autres : Alyson, l’émotive, JR, le séducteur, Marylin, l'éternelle révoltée, Jésus, qui se prend pour le fils de dieu, rien que ça…

" Papa est né dans un petit village de Kabylie, et depuis tout petit, il n’avait que deux rêves ; partir en France pour y ouvrir son propre bar, et épouser une blonde ! Grégo rigolait ; en un sens, mon père avait réussi sa vie. "


C’est donc le récit d’une vie haute en couleur, d’une culture, ou plutôt d’une multitude de cultures. On a vraiment l’impression de lire les mémoires de l’auteure. La façon dont est écrit le livre renforce ce sentiment. En effet, l'histoire n’est pas linéaire. Il y a bien une chronologie, mais l’auteur se permet de s’en éloigner, comme si elle suivait les souvenirs de la narratrice. L’époque où se passe le roman pourrait correspondre. En effet, Fidèle est née en 1982, comme l’auteure. J'ai d'ailleurs été frappé, à la fois par les différences et les similitudes entre mon adolescence dans les années 2000 et celle de Fidèle. Bien que le roman se passe dans un contexte historique que je n'ai pas vécu,
les thèmes abordés, homosexualité, adoption, intégrisme, cohabitation entre les religions, sont tout à fait d’actualité. C’est amusant de constater que même si plus aucun couple d’ados n’utiliserait le téléphone fixe ou une cabine téléphonique pour s’appeler, la société en elle-même n’a pas tant changé que ça. Nous sommes toujours confrontés aux mêmes problématiques.

Et tous ces problèmes, Fidèle y est confronté de pleins fouets. Car si le quotidien de cette famille loufoque peut prêter à sourire, cela ne fait que renforcer la réalité, parfois très dure, qui est montrée à travers les yeux de fidèle. Des parents, qui, bien que profondément attachants, ne sont pas forcément aptes à élever des enfants, les placements en famille d'accueil, la tristesse, l’alcool, la drogue…



" « Le prend pas pour toi, m'a dit mon père, mais j'ai jamais voulu avoir d'enfants.»

J'allais répondre: «Pourquoi, je le prendrais pour moi ? Je suis juste ta fille »- mais l'ironie, il comprenait plus. C'était le jour de son énième sortie de prison; là il avait pris deux mois ferme pour la même raison que les autres fois : il était au mauvais endroit, au mauvais moment."


Mais le sujet principal de roman, c’est avant tout l’amour sous toutes ses formes. Tout d’abord, celui inconditionnel que porte Fidèle à sa famille, toute " dysfonctionnelle" qu'elle soit. Ensuite, celui qui unit ses parents, un amour à toutes épreuves, ciment de cette étrange famille. Et enfin, la passion dévorante qu’il y a entre Fidèle et Sarah, une passion si forte qu’elle va changer leur vie à toutes les deux.

Ce roman est une ode à la différence. Une déclaration d’amour à la vie et à ses épreuves. Un livre, terriblement d’actualité qui nous dit que non, une famille, ce n’est pas forcément un père, une mère et deux enfants ( une fille et un garçon, si possible), que chacun est libre d’aimer qui il veut quelle que soit son genre, son milieu social ou sa religion. Bref, de la littérature jeunesse comme je l’aime.

Je conclurai sur cette citation de Nietzche.

" Il y a toujours un peu de folie dans l’amour, mais il y a toujours un peu de raison dans la folie"  Nietzsche



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire